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- Isabelle Germain from Les nouvelles / NEWS

Et si certains hommes n’avaient tout simplement pas envie de faire carrière ?

Les études et sondages en disent plus sur ceux qui les font et les relaient que sur celles et ceux qui y répondent. Dernière en date, reprise par Peggy Sastre dans L’Obs : une étude de chercheuses de la Harvard Buisness School interroge les hommes et les femmes sur leurs ambitions professionnelles et conclut (surprise !) que les femmes estiment le progrès professionnel « bien moins désirable que d’autres objectifs de vie ». Le titre de l’article remet sournoisement les femmes à « leur » place : « Et si certaines femmes n’avaient tout simplement pas envie de faire carrière ? ».

Il y a fort à parier que « certains hommes » non plus n’ont pas envie de faire carrière. Mais les normes, les préjugés sur les désirs de carrière différents chez les hommes et les femmes font des ravages et s’auto-entretiennent. Que de fois, dans les « people revues » d’entreprises, des candidatures de femmes sont écartées d’un revers de main : les décideurs sont persuadés qu’elle « ne voudra pas ». Alors que personne n’a posé la question à l’intéressée. Et a contrario, un homme qui ne fera pas la course au plus beau poste sera regardé avec mépris.

Ce genre d’enquête et la façon dont elle est traitée dans L’Obs est une pierre de plus à l’édifice de stéréotypes qui orientent le jugement de ceux qui décident des carrières des hommes et des femmes, et orientent les désirs de carrière des individus selon leur sexe.

« Ban Bossy », disait Sheryl Sanberg, la n° 2 de Facebook, dans une campagne pour encourager les filles à briguer les postes de pouvoir. Elle ne voulait plus qu’on traite de bossy (c’est-à-dire autoritaire, froide) les femmes de pouvoir. En France, en 2012, une enquête de IMS-Entreprendre pour la cité montrait que les femmes dirigeantes sont mal perçues : « carriéristes » avec tout un cortège de connotations négatives et « masculinisées »… ça donne envie ! Bannissons bossy et autres noms d’oiseau et le désir de carrière se libèrera peut-être chez les femmes.

Cette nouvelle étude, qui devait comprendre pourquoi les femmes sont si peu nombreuses aux postes de pouvoir, ne fait qu’entretenir l’idée selon laquelle l’ambition pour une femme c’est un équilibre de vie, alors que pour un homme, c’est la carrière. Elle produit à peu près le même effet que les publicités qui présentent la maison et le ménage comme le graal de toute femme qui se respecte, sa famille et son sex appeal comme unique horizon. Les femmes et les hommes sont priés de désirer ce que les médias leur disent de désirer.

Jean-Marie Domenach écrivait : « Il n’y a pas d’objet du désir, il n’y a que des sujets désirants, l‘objet du désir ça se construit et ça s’invente. » L’étude des chercheuses de Harvard ne donne aucune piste pour comprendre comment libérer le désir des femmes de faire carrière, elle confirme juste que ce désir est bridé. Et si on laissait les femmes et les hommes choisir leur vie et leurs désirs comme bon leur semble ?

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